Tentative de vers holorimes pour déconner
Aton, que réponds-je
À ton cœur-éponge ?
Et ce calumet soufi,
Est-ce qu’allumer suffit ?
Auteur : Boris Vendimia
En mars 2020, Boris devait rejoindre l’ami Youri, résidant en Angleterre. Ce dernier l’avait invité au théâtre, et Boris entendait bien récompenser l’audace de cette proposition par une visite outre-Manche. Youri avait acheté deux billets au majestueux Old Vic Theater de Londres, on y jouait Endgame (Fin de partie) de Samuel Beckett. Les retrouvailles promettaient d’être belles dans la capitale hantée par les fantômes de Sherlock Holmes et de Peter Pan. Malheureusement, comme tout le reste, elles furent annulées sans autre forme de procès. Seule une crise sanitaire planétaire pouvait avoir raison de l’insolente hardiesse de Youri Kherper. Ce n’est que partie remise se dirent-ils, puis, soudainement inquiets, à moins que ce ne soit la fin…
Ils ont mis (la vie) entre parenthèses.
Fidèles au songe de Jorge Luis Borges – qui pensait que les mots contenus dans un livre se mélangent à notre insu lorsqu’on le referme et le range sur l’étagère – les écrits chroniques se transforment quand vous ne les regardez pas. N’hésitez donc pas à assouvir votre légitime envie de les relire.
« Écoute chérie, tu exagères. Cela fait des années que tu me tannes pour qu’on emménage sur cette foutue île déserte, et maintenant qu’on est installé et que nos culs sont plantés dans le sable – au prix de tant de sacrifices – qu’est-ce qu’il m’est donné d’entendre ? Qu’en définitive : on va peut-être se faire un peu chier ici… Non mais c’est une blague !? »
Empêché de courir le monde, il me reste bien heureusement le perpétuel voyage immobile de mes souvenirs. Ils me reviennent par bouffées. Aujourd’hui, je revis une belle journée d’hiver à Bagnères-de-Luchon. Au milieu du cirque de ces montagnes, nous nous promenions en famille. Au petit bonheur, je cherchais le balcon qui aurait inspiré à Edmond Rostand la célèbre scène de Cyrano. Je ne le trouverai pas. Tandis que nous flânions dans la vieille ville – les petites jouant quelques mètres devant nous – ma femme me fit remarquer la vitrine en déshérence d’un fleuriste. Elle commenta : « Regarde cette exposition de beautés fanées, ça devrait te plaire. Derrière cette vitre sale même la misère meurt. C’est pourtant réputé increvable cette saloperie ». La poésie se niche souvent où on ne la cherche pas.
Tentative de vers rhopaliques pour moi-même
Impasses
Fausses pistes
Voies d’égarement
Chemins arpentés milles fois
Sentiers comme pavés sont battus
Au métronome de mes pas perdus
Faire face à l’évidence
Le but demeure insu
Absence d’issues
D’espoirs
Assis
« Tu as raison ma petite : Macaron, ça serait nettement plus rigolo. Ça tient à peu de choses parfois, une lettre supplémentaire à son nom et il en deviendrait presque sympathique. Et ce pauvre homme qui cherche à se réinventer… Fillette, attrape ta trousse et suis-moi dans mon bureau ! Pour lui souffler ta merveilleuse idée de nouveau baptême, nous allons faire une lettre à Monsieur le Président, qu’il lira peut-être, s’il en a le temps. »
Un seul livre vous manque et tout est dépeuplé.
Prendre du recul lors cette quarantaine est un véritable défi. En effet, on se retrouve très rapidement au pied du mur – à moins que l’on ne se heurte aux barrières de clôture. C’est pourquoi il est bon de pouvoir se mettre au vert, au cœur des espaces infinis.
