J’ai un ami philosophe qui vit sur le dos de la société. Il m’explique que c’est absolument sans risque car elle est là, couchée, face contre sol, et qu’il n’y a pas la moindre chance qu’elle se relève.
Auteur : Boris Vendimia
Ne laisse pas à ton ego le temps de se durcir. Malaxe et pétris-le, des deux mains, tous les jours travaille-le au corps et sans répit, car il serait fort préjudiciable qu’à trop faire mine qu’il n’existe pas, par excès de désintérêt, il finisse dans son coin par acquérir forme solide et définitive. Ce serait alors trop tard.
La faim justifie les brûlures.
J’ai appris aujourd’hui que l’univers refroidissait. Je me dis que cela nous fait un point commun. Car en effet, qu’on le veuille ou non – si ce n’est la diversion de quelques variations thermiques négligeables en chemin telles que sont la fièvre et les saisons – on avance tous vers un inéluctable froid, tâchons de nous en souvenir. Désormais, quand le réchauffement climatique me donnera l’impression convaincante d’étouffer, que le catastrophisme me reprendra par bouffées, sur le bûcher flamboyant de la culpabilité humaine, je pourrais me rafraîchir avec cette lugubre pensée et cette frissonnante promesse que nous partageons avec le grand Tout.
À l’aube et dans des draps moites, il se réveillait et s’étirait. Au prix d’une contorsion qui lui fit craquer plusieurs articulations, il se passa la main dans le dos. Sous ses doigts, il décelait de profondes griffures, celles qu’il s’était faites lui-même durant la nuit, dans son lit de solitude et de cauchemars. La peau de ses flancs était aussi salement lacérée. Mais pourquoi s’infligeait-il de pareils sévices ? Inquiet, il s’attabla et s’attela à la recherche d’explications à ses automutilations inconscientes. Malheureusement il n’en trouva aucune de suffisante. Il ne lui restait plus qu’une seule chose à faire et, depuis sa chaise, il passa le reste de sa journée à se ronger les ongles jusqu’aux os.
J’ai une rage de dents et je préfèrerais qu’elle éclate au dehors, fût-il déjà ravagé.
Retentissez trompettes car c’est le jour du plus grand de mes triomphes ! Que ma victoire soit couronnée de gloire car j’ai vaincu mille périls. La partie était pourtant loin d’être gagnée et longtemps j’ai redouté l’échec. Mais je me suis acharné. Le combat était beau et l’adversaire répondait à mes charges avec aplomb et astuce. Je me suis accroché. Somme toute – malgré les embuches et l’usure de me forces – je crois que toute cette aventure s’est jouée au mental. Aujourd’hui, j’ai affronté un lit-parapluie.
Tout se résume à la question du silence : mieux vaut-il le garder en fidèle berger ou bien le rompre comme du bon pain ?
A : Bon, tu écris, très bien. Mais qu’est-ce que tu écris au juste ?
B : Qu’est ce que j’écris ? Tout un tas de choses… Depuis aussi loin que je me souvienne, j’écris mon prénom. Un peu plus tard, sans que je ne puisse en préciser la date, j’y ai ajouté mon nom. Encore aujourd’hui je dois avouer les écrire très souvent, l’un et l’autre conjoints, à tout bout de champ pour dire vrai. Ensuite, j’ai longtemps gratté du papier sous la dictée des autres, bien que je m’y astreigne de moins en moins ces derniers temps. Il y a aussi quelques lettres à l’attention de différents destinataires, un vieillard barbu en habits rouges, des amours estivales, des amis de toujours ou les services fiscaux. Assez régulièrement, en parallèle, j’ai pris l’habitude de dresser des listes, de provisions à collecter chez l’épicier par exemple, mais aussi de missions administratives à exécuter, de cadeaux à offrir voire même de chansons variées en vue de la création d’une compilation dansante. Bien qu’ils se fassent plus rares, je voudrais également évoquer ici les faire-part de naissances ou de décès dans lesquels j’excelle. L’écriture de cartes-souvenirs, quant à elle, tient une place particulière. Qu’elles soient d’anniversaire et obéissent à un calendrier précis ou plus librement postées depuis d’exotiques destinations au gré de mes voyages de par le vaste monde, j’y prends un malin plaisir. Récemment, davantage par nécessité que par choix, je versais surtout dans les attestations de déplacement dérogatoire. On s’adapte toujours. J’écris tout un tas de choses comme je le disais. Beaucoup. Sans cesse. Et entre ces diverses productions de ma plume, il m’arrive parfois – par exception au final – d’écrire de la poésie.
L’écrivain peut aussi être apparenté à la seiche : ils crachent pareillement leur encre noire au visage de leur prochain. L’une et l’autre ont choisi cette curieuse réponse aux agressions d’un monde cruel.
