Ça va ? Ça va. Ces phrases toutes faites que l’on se répète à qui mieux-mieux m’insupportent de plus en plus. De nos jours, il est devenu trop rare de croiser un semblable pour se satisfaire de telles conversations de perroquet. C’est dit-on la fonction phatique du langage, celle qui permet de parler sans rien dire, un prêt-à-discuter qui constitue en quelque sorte le ciment de nos sociétés. Je me suis renseigné sur cette expression. Originellement le comment ça va a trait au transit intestinal, à la consistance, à l’odeur et à tout autre qualificatif propre à sa production, qui, depuis le Moyen Âge, sont les indices probants de la santé d’un individu. Fort de ce savoir, je prépare ma répartie pour rompre la monotonie des échanges, et à la prochaine personne qui me demande si ça va, je riposte du tac-au-tac (en lui tendant la main pour aggraver la situation) : Je vais avec zèle à la selle comme à la vie, tant et si bien que je vous emmerde !
Fumeuse de brume, elle me souffla une bouffée au visage et, par ces frimas, elle m’enrhuma.
Je vais me faire une petite cigarette. J’extraie le nécessaire de la poche de ma veste. En dépliant la blague, je trouve mes feuilles et en arrache une au paquet. Après m’être assuré de l’avoir disposée correctement, je pioche un filtre que je place à son extrémité. C’est seulement alors que je prélève par pincées une quantité suffisante de tabac que je viens ensuite disperser longitudinalement sur la feuille. En son milieu, mes index et pouces viennent jouer le rôle de rouleaux en se déplaçant vers l’extérieur pour transformer progressivement le tout en une sorte de tube. Ma main gauche bloque le papier derrière le filtre tandis que la droite le glisse derrière le tabac, puis ce sont les deux mains qui roulent d’un même élan. Au stade de l’étape finale, je porte la préparation à mon visage afin de lécher la brillante bande collante. Mais ma langue ne trouve pas la feuille. Merde, je porte encore mon masque ! J’ai l’air con et les mains prises.
On tire les rois qui tirent les rênes.
Boris n’aura finalement pas eu l’occasion de rendre visite à l’ami Youri outre-Manche. Celui-ci a déjà quitté la perfide Albion au profit de la France. Avec sa petite tribu, il réside désormais en banlieue parisienne, à Choisy-le-Roi. Boris se réjouit du rapprochement géographique, puis il se dit : Ce bon vieux Youri Kherper me surprendra toujours par son indéfectible audace : cette fois, il a préféré délaisser la Reine et il a choisi le Roi, quel toupet !
L’avantage avec la formule annus horribilis, c’est que, même sans être latiniste, on comprend aisément que ça ne sent pas très bon.
N’ai-je plus que des flocons à espérer ?
Je suis toujours vivant au huitième anniversaire de la fin du monde. En cette grise matinée de solstice, j’ai surtout envie de fêter Sol Invectus, antique divinité païenne représentant le soleil invaincu. Vénérons cette idole, elle mérite aujourd’hui une célébration toute particulière. Des encouragements pour l’astre du jour, qu’il renaisse en phœnix ! Au cœur des ténèbres et dans nos vies rétrécies, on attend tous impatiemment que la lumière reprenne le dessus.
A : On n’est pas des chiens. Pourtant on s’attache aux gens et on finit en laisse.
B : Ne serions-nous pas nos premiers animaux de compagnie en promenade permanente ?
A : Si, certainement : on se sent puis on se suit. On s’aboie dessus aussi, dès qu’on le peut. Et il nous arrive de mordre.
J’oscille ordinairement entre la folie des grandeurs et l’ivresse des profondeurs.
