« Tu as raison ma petite : Macaron, ça serait nettement plus rigolo. Ça tient à peu de choses parfois, une lettre supplémentaire à son nom et il en deviendrait presque sympathique. Et ce pauvre homme qui cherche à se réinventer… Fillette, attrape ta trousse et suis-moi dans mon bureau ! Pour lui souffler ta merveilleuse idée de nouveau baptême, nous allons faire une lettre à Monsieur le Président, qu’il lira peut-être, s’il en a le temps. »
Un seul livre vous manque et tout est dépeuplé.
Prendre du recul lors cette quarantaine est un véritable défi. En effet, on se retrouve très rapidement au pied du mur – à moins que l’on ne se heurte aux barrières de clôture. C’est pourquoi il est bon de pouvoir se mettre au vert, au cœur des espaces infinis.
J’aime le son que font les écrits chroniques quand on articule leur nom. À entendre ce bruit, on croirait des souris grises qui grignotent le temps, représenté dans cette image par un grimoire aux pages jaunies. Je vois très bien la scène. Elle est délectable et c’est précisément ce que les écrits chroniques souhaitent évoquer.
Chaque soir, l’heure entre chien et loup me prend irrésistiblement à la jugulaire. On dit que les fous, les mourants et les nouveau-nés sont particulièrement sensibles à la perte du jour, à l’entrée quotidienne dans les ténèbres, mais ils ne sont pas les seuls. Ce soir encore, il me faudra quelques verres pour qu’à cette heure ma gorge et ma mâchoire se desserrent et, qu’au milieu des canidés, je puisse moi aussi affronter la nuit et hurler à la lune.
Tentative de haïku pascal pour mon frère
Sous un ciel changeant
Dix fois le tour du jardin
Pâques sous cloche
Les plus belles lettres, c’est à toi que je les ai écrites. Elles contiennent le meilleur de ce que je suis et de ce que j’ai à partager. Des fulgurances poétiques aux éclairs de lucidité, en passant par un sincère élan amoureux dans sa pure expression. Le plus terrible avec ces lettres, c’est certainement que tu ne les as jamais lues car je ne te les ai jamais envoyées. Pour certaines, elles sont chiffonnées au fond d’une corbeille de papier, d’autres sont ad vitam enregistrées comme brouillons dématérialisés sur quelques messageries électroniques anonymes, enfin il y a celles – le plus grand nombre – que je me suis contenté d’échafauder mentalement et qui ne laissent aucune trace, sinon dans mon inconscient. En définitive, les plus belles lettres, c’est à toi que je les ai écrites et personne ne les lira puisqu’elles sommeillent pour toujours dans les limbes.
La situation actuelle confine au ridicule et nous oblige à trouver des occupations. De mon côté, lassé d’épier mes voisins résolument barbants, j’ai pris conscience que mon prognathisme prononcé me permettait d’étudier en direct l’épaississement de ma moustache, et ce, sans que je ne recoure à un miroir.
L’air des temps tousse à perdre haleine, ces quintes ralentissent significativement la course et la limitent à un rayon d’un kilomètre.
Moi aussi, je suis l’autre !
