À l’hôtel Drouot, le 6 octobre dernier, se tinrent des enchères assez particulières. Au sein d’une collection foisonnante de curiosités érotiques (estampes, toiles, photographies…), une édition originale proposée à la vente ne passa pas inaperçue. Il s’agissait d’un exemplaire de La Philosophie dans le boudoir du marquis de Sade datant de 1795, adjugé pour la modique somme de 45 000 €. L’originalité de l’ouvrage tient à son façonnage : il est relié et couvert en peau humaine. Vous avez correctement lu, en peau humaine. Quoi qu’on en dise, les bibliophiles nantis ont de biens étranges objets de convoitise. Je m’interroge longuement sur les motifs d’un tel engouement. Puis je me dis que – pour l’heureux acquéreur – refermer ce livre en claquant sa couverture, faire sonner sa main contre ce cuir, ce doit être un peu comme donner une bonne fessée. J’en conclus avoir simplement affaire à la version aristocratique des pratiques SM et je classe le dossier.

On est tous dans le même bateau. Pincemi est tombé à l’eau et il a emporté dans sa chute des pans entiers de nos vies. Mais ce n’est pas le pire : sur le pont, son pote restant, Pincemoi, a beau nous triturer malicieusement la peau quand on l’appelle, personne ne se réveille de ce mauvais rêve.

Ça va ? Ça va. Ces phrases toutes faites que l’on se répète à qui mieux-mieux m’insupportent de plus en plus. De nos jours, il est devenu trop rare de croiser un semblable pour se satisfaire de telles conversations de perroquet. C’est dit-on la fonction phatique du langage, celle qui permet de parler sans rien dire, un prêt-à-discuter qui constitue en quelque sorte le ciment de nos sociétés. Je me suis renseigné sur cette expression. Originellement le comment ça va a trait au transit intestinal, à la consistance, à l’odeur et à tout autre qualificatif propre à sa production, qui, depuis le Moyen Âge, sont les indices probants de la santé d’un individu. Fort de ce savoir, je prépare ma répartie pour rompre la monotonie des échanges, et à la prochaine personne qui me demande si ça va, je riposte du tac-au-tac (en lui tendant la main pour aggraver la situation) : Je vais avec zèle à la selle comme à la vie, tant et si bien que je vous emmerde !

Je vais me faire une petite cigarette. J’extraie le nécessaire de la poche de ma veste. En dépliant la blague, je trouve mes feuilles et en arrache une au paquet. Après m’être assuré de l’avoir disposée correctement, je pioche un filtre que je place à son extrémité. C’est seulement alors que je prélève par pincées une quantité suffisante de tabac que je viens ensuite disperser longitudinalement sur la feuille. En son milieu, mes index et pouces viennent jouer le rôle de rouleaux en se déplaçant vers l’extérieur pour transformer progressivement le tout en une sorte de tube. Ma main gauche bloque le papier derrière le filtre tandis que la droite le glisse derrière le tabac, puis ce sont les deux mains qui roulent d’un même élan. Au stade de l’étape finale, je porte la préparation à mon visage afin de lécher la brillante bande collante. Mais ma langue ne trouve pas la feuille. Merde, je porte encore mon masque ! J’ai l’air con et les mains prises.

Boris n’aura finalement pas eu l’occasion de rendre visite à l’ami Youri outre-Manche. Celui-ci a déjà quitté la perfide Albion au profit de la France. Avec sa petite tribu, il réside désormais en banlieue parisienne, à Choisy-le-Roi. Boris se réjouit du rapprochement géographique, puis il se dit : Ce bon vieux Youri Kherper me surprendra toujours par son indéfectible audace : cette fois, il a préféré délaisser la Reine et il a choisi le Roi, quel toupet !