Je vais me faire une petite cigarette. J’extraie le nécessaire de la poche de ma veste. En dépliant la blague, je trouve mes feuilles et en arrache une au paquet. Après m’être assuré de l’avoir disposée correctement, je pioche un filtre que je place à son extrémité. C’est seulement alors que je prélève par pincées une quantité suffisante de tabac que je viens ensuite disperser longitudinalement sur la feuille. En son milieu, mes index et pouces viennent jouer le rôle de rouleaux en se déplaçant vers l’extérieur pour transformer progressivement le tout en une sorte de tube. Ma main gauche bloque le papier derrière le filtre tandis que la droite le glisse derrière le tabac, puis ce sont les deux mains qui roulent d’un même élan. Au stade de l’étape finale, je porte la préparation à mon visage afin de lécher la brillante bande collante. Mais ma langue ne trouve pas la feuille. Merde, je porte encore mon masque ! J’ai l’air con et les mains prises.
Auteur : Boris Vendimia
On tire les rois qui tirent les rênes.
Boris n’aura finalement pas eu l’occasion de rendre visite à l’ami Youri outre-Manche. Celui-ci a déjà quitté la perfide Albion au profit de la France. Avec sa petite tribu, il réside désormais en banlieue parisienne, à Choisy-le-Roi. Boris se réjouit du rapprochement géographique, puis il se dit : Ce bon vieux Youri Kherper me surprendra toujours par son indéfectible audace : cette fois, il a préféré délaisser la Reine et il a choisi le Roi, quel toupet !
L’avantage avec la formule annus horribilis, c’est que, même sans être latiniste, on comprend aisément que ça ne sent pas très bon.
N’ai-je plus que des flocons à espérer ?
Je suis toujours vivant au huitième anniversaire de la fin du monde. En cette grise matinée de solstice, j’ai surtout envie de fêter Sol Invectus, antique divinité païenne représentant le soleil invaincu. Vénérons cette idole, elle mérite aujourd’hui une célébration toute particulière. Des encouragements pour l’astre du jour, qu’il renaisse en phœnix ! Au cœur des ténèbres et dans nos vies rétrécies, on attend tous impatiemment que la lumière reprenne le dessus.
A : On n’est pas des chiens. Pourtant on s’attache aux gens et on finit en laisse.
B : Ne serions-nous pas nos premiers animaux de compagnie en promenade permanente ?
A : Si, certainement : on se sent puis on se suit. On s’aboie dessus aussi, dès qu’on le peut. Et il nous arrive de mordre.
J’oscille ordinairement entre la folie des grandeurs et l’ivresse des profondeurs.
Quand il ne court ou n’écrit pas, il marche sans relâche. On pourrait dire qu’il fait les cent pas, mais ce serait réducteur le concernant. Marcher est un plaisir et quand on aime on ne compte pas. Ses va-et-vient étourdissent et dessinent des sillons sous ses pas. Dans ces moments-là, il ressasse et il marmonne, de façon semi-intelligible, sans jamais que l’on ne sache s’il s’adresse à un personnage ou à l’un de ses mille lui-même. Petit à petit – à force de remuer la poussière – le marcheur fait son trou. À l’usure de ses semelles, il creuse de véritables tranchées, depuis le fond desquelles on ne l’entend plus geindre. C’est ce à quoi il s’est condamné, se taire et se terrer.
Le langage regorge de facéties insoupçonnées. Mais encore faut-il le secouer pour que – au-delà de sa froide mécanique – se révèlent dans toute leur splendeur caustique ses vérités cachées. Démonstration : mélangez les lettres que composent le mot chauve-souris et vous obtiendrez souche à virus. De la même manière, la crise économique devient le scénario comique et le réchauffement climatique se transforme en ce fuel qui tache le firmament. C’est indéniable, le désordre a de plaisantes vertus, et l’anagramme est une arme douce quand les temps sont durs.
