J’aime particulièrement les allées de la ville au cœur de l’automne. Les feuilles arrachées aux platanes qui les bordent s’amoncellent massivement dans le caniveau pour donner l’illusion d’un second trottoir.

Dans l’obscurité de la terrasse, il décapita le mégot auquel était réduit sa cigarette et abandonna la fraise dans le cendrier. Avant de rentrer, il regarda longuement le reste incandescent de tabac se consumer. Il se dit que plutôt que de l’écraser avec un des autres filtres souillés qui remplissaient le pot de fleur consacré à cet usage, il préférait laisser la nuit et le froid transformer le mégot en cendres. Il trouvait quelque chose de poétique à cette vision. Il avait donné à cette cigarette le feu et la première bouffée qui l’ont vu naître. Il l’avait fumée et lui avait offert d’être une parenthèse agréable dans ce monde. Mais au moment de la fin, il choisit de se retirer, d’accorder à cette cigarette son intimité face au dénouement, pour n’interférer en rien. En pareille situation, il choisit de ne se révéler d’aucun secours. Ému, il considéra que ces moments sont plutôt rares où l’homme ne se sent pas obliger d’agir, de modifier la réalité de son environnement pour s’assurer de sa propre présence. Il était pourtant bien conscient d’appartenir et de participer à toute cette fumisterie. Ainsi, perdu en considérations éthiques, il laissa aux étincelles balayées par la brise le temps de saluer.