Je cours à toute bourre, dans les chemins de traverse et le lit sec des ruisseaux, je bois dans les cimetières, reprends mon souffle sur le parvis des chapelles isolées. Souvent, je me perds et j’adore ça. Il m’arrive de débusquer des animaux sauvages – surtout en lisière des forêts – je les salue tous avec les honneurs, mis à part les serpents qui m’effraient. En route, j’apprends le nom des lieux-dits alentours, je les récite au fil de mes visites régulières. On croit que je fais de l’exercice, mais en vérité je suis sur les talons des temps lancés dans leur perpétuelle fuite. Si jamais, un jour, je parviens à les rattraper – que cette déclaration fasse foi – promis, je leur fais un croche-patte, voire je les tacle.