En fin d’après-midi ou en début de soirée, à l’heure où la fraîcheur n’est plus une vaine espérance, il a pris l’habitude d’aller se promener. À cette occasion, il réajuste son chapeau pour le porter haut, remonté sur le front et incliné vers l’arrière. De cette manière, quand il laisse le soleil derrière lui en cheminant vers l’est, c’est une ombre auréolée qui mène la marche. Il la suit aveuglément, telle une guide. Elle le conduit il ne sait où mais peu importe, la poursuite est heureuse et il rentre toujours avant la nuit tombée. Personne ne connaît l’obscure destination de leur voyage ou ne sait ce qu’il lui fait. En revanche, ce qui est sûr, c’est que sur le chemin du retour il plisse les yeux et marche plus vite car il a un ange vengeur sur les talons et le soleil dans la gueule.