La colombe fait halte dans un marais lugubre qui ternit sa blancheur. Mal lui en prit. Le simple mot de marécage pourrait suffire à la piéger, mais elle est téméraire et n’entend pas se laisser faire. Alors la colombe arrache une à une ses petites pattes au bourbier et se promène. Derrière une nuée de moustiques, elle fait la désagréable rencontre d’un crapuleux crapaud qui lui crache dessus en guise de salut. C’en est trop pour la colombe. Elle ne songe déjà plus qu’à déguerpir de cette zone humide qui la débecte mais ses ailes sont engluées par la bave poisseuse et elle ne parvient pas à les déployer. Sous l’œil globuleux du crapaud amusé, elle s’agite et panique. Un temps, elle craint d’être condamnée à une vie entière d’ombres et de boue, à ne plus jamais sentir la caresse du vent ou du soleil sur son plumage. À force de se secouer, elle parvient enfin à prendre son envol et s’élève au-dessus des joncs. Étrangère à l’idéal pacifiste qu’on lui prête à tort, la colombe veut sa revanche et, dès lors qu’elle a pris la hauteur suffisante et la mesure d’un angle d’attaque judicieux, elle enfiante le batracien dans un soulagement jouissif. La trace que laisse la colombe derrière elle est immaculée.