Tous les livres contiennent des fautes. Indépendamment de la rigueur du travail de correction, du nombre de relectures croisées et des sempiternels débats qui agitent les grammairiens, il en reste toujours au moins une. Cela va de la discrète coquille à l’ignominieuse conjugaison. Depuis mon humble place de lecteur – et d’auteur qui en est bourré (de fautes) – je me fais un malin plaisir de débusquer les plus saugrenues que je vois passer dans les livres publiés. J’exclus de mon terrain de jeu la presse régionale où la facilité excessive dénature l’exercice.
Ce jour-là, avec la petite qui est en sixième et pour avancer ses devoirs, on lit à deux voix hautes une version abrégée de L’Odyssée d’Homère. La quatrième de couverture est estampillée « édition de référence » ce qui éveille déjà en moi d’irrépressibles soupçons. La petite rechigne à la lecture mais mon enthousiasme est communicatif et, au fil des chapitres, l’aventure d’Ulysse nous embarque. Rapidement se profile l’épisode gore – que j’attendais tant – avec Polyphème le cyclope. Dans ce passage, l’illustre Ulysse nous raconte crûment comment lui et ses acolytes s’y sont pris pour aveugler le borgne. C’est au tour de la petite de lire, elle s’acquitte noblement de cet honneur et ce, bien qu’elle se cache le visage durant les moment difficiles :
« Ayant saisi l’épieu d’olivier, ils l’enfoncèrent dans l’œil du Cyclope tandis que moi j’appuyais dessus et le faisais tourner. Le sang chaud jaillissait de l’œil ; les vapeurs de la pupille en feu brûlèrent paupières et sourcils (…) »
Moi : Là, il y a une faute !
La petite (déjà larmoyante) : J’ai fait une faute moi ?
Moi : Non, non, non, ce n’est pas toi, tu lis très bien petite. Il y a une faute dans le livre.
La petite : Si les livres se mettent à faire des fautes, ça va devenir compliqué. C’est où que ça se trompe ?
Moi (en pointant précisément le texte du doigt) : Là ! Ils impriment noir sur blanc « sourcils ». « SOURCILS » non mais… sérieusement ? Il s’agit d’un cyclope ! Alors, qu’on lui prête des « paupières » d’accord, chaque œil en a deux, mais le pluriel à sourcil est inadmissible pour un cyclope ! La faute est grossière. Il faut faire quelque chose. Petite, je compte sur toi pour rapporter cette erreur honteuse à ta professeure de français. D’ailleurs, je suis sûr que cela sera l’occasion d’une belle conversation dans la classe qui profitera à tous.
La petite (pouffant ou presque) : Non mais t’es sérieux là ?
