C’est une fille amusante que j’affectionne tout particulièrement. Nous ne nous voyons guère souvent mais quand c’est le cas, on en profite pour refaire le monde de fond en comble. Elle est du genre prolixe, sujette aux digressions, et son langage est teinté d’une vulgarité très créative. Lors de nos trop rares réunions, les conversations durent immanquablement la nuit durant. Elle les engage toujours de cette même manière rituélique. Installée face à moi, enfoncée dans son fauteuil, elle croise les pieds sur la table basse, entrelace les doigts de ses mains et déclare solennellement le sourire en coin (en insistant sur la dernière syllabe) :
Parlons beaucoup, parlons mal.
