Fuyant cette matinée de labeur qui démarre à toute bourre, il s’isole à l’arrière du bâtiment pour une pause clope salutaire. Quelques taffes agrémentées de goulues gorgées de café suffisent à apaiser ses tensions naissantes. Rasséréné par cette conduite dopante, ayant retrouvé un semblant de calme bien que sa main tremble, il badge et débloque la porte pour rejoindre son bureau à l’étage. Sur le seuil il fait halte devant le distributeur automatique de gel hydroalcoolique. Celui-ci aura l’inestimable mérite de le débarrasser des éventuels virus de la poignée et de l’odeur de tabac qu’empestent ses doigts. En revanche, il ne sait pas quoi faire de sa tasse, hésite, et la pose finalement sur le support – qu’il imagine prévu à cet effet – avant de présenter ses mains au détecteur. La visqueuse dose crachée par la machine lui échappe et finit sa course tout droit dans sa boisson chaude. « Merde ! » lâche-t-il en réaction au ploc sonore. Mais, à la réflexion, il se ravise : après tout, c’est une solution comme une autre, rien de moins qu’une sorte de café arrosé, pour ne pas dire un vrai carajillo de guerrier. Il considère d’abord le mélange d’un air de défi puis, d’un coup d’un seul, il le vide cul-sec. C’est exactement le remontant dont il avait besoin pour se remettre d’aplomb et, plus déterminé que jamais, il gravit l’escalier quatre à quatre.
