Assis sur les berges de la Garonne, en cette fin d’après-midi, il laisse filer le courant et les heures nonchalantes. À leur gré, il compulse l’un de ses nombreux cahiers dédiés au printemps, se relit. Cette saison est l’objet d’une étude approfondie et inépuisable. Il y a tellement à raconter :
« Les jours qui s’allongent à petits pas – d’une enjambée de géant quand surgit l’heure d’été – et brillent dans leurs dernières heures de cette lumière rasante et mordorée ; le souffle vernal tiédissant qui arrache aux cerisiers la neige de leurs fleurs et la disperse dans le jardin ; un parterre de pâquerettes où le blanc fait oublier le jaune, à moins que les rayonnants pissenlits aidés des boutons d’or n’en rappellent l’éclat. (…) »
Lecture interrompue. Une ombre est jetée sur sa page car, venu de nulle part, un majestueux oiseau noir éclipse l’astre déclinant l’espace d’un instant. Après quelques rondes aériennes, le rapace fond sur le jeune homme comme sur une proie, mais ce n’est pas pour l’attaquer – bien au contraire – il se pose paisiblement sur le rivage tout près de lui, à portée de caresses. Amical, l’oiseau noir opine du bec, on pourrait même croire qu’il veut engager la conversation
C’est un milan.
