Depuis ma fenêtre, j’observe la jeune chienne du voisin. Elle est attachée. Sur la longueur que lui permet sa laisse elle court, s’enroule autour de cet arbre planté dans son périmètre et tire dessus aussi sec. La chienne est aux abois, quitte à s’étrangler, elle n’en démord pas, tousse, geint mais réitère inlassablement cette étrange opération. Je me demande quel instinct l’anime. Est-ce une pulsion de vie, qui viserait à rompre le lien et à lui rendre sa liberté, ou plutôt une pulsion de mort, qui n’aurait d’autre intention que de lui briser le cou ? Alors que je tergiverse face à la vitre, le jardin adjacent dans le fond et mon reflet filigrane en surface, ma femme m’interrompt, lasse de mes contemplations : Tu fais quoi au juste ? Je réponds sur un ton qui se veut rassurant mais qui sonne désinvolte, Presque rien, tout va bien : pour passer le temps, je psychanalyse la chienne du voisin.
