Je dévale à tout allure un sentier forestier jusqu’à ce que ma jambe gauche lâche. Mon corps s’écroule à bonne vitesse dans un talus de fougères. Sans égratignures (merci au tapis de mousse), je m’époussette et me remet droit, mais il n’y a rien à faire, cette guibole ne me tient plus, c’est au niveau du genou que ça coince et je flanche à nouveau. Depuis près d’un an trois quarts, je cavale sans discontinuer, je crois que j’ai peut-être exagéré. Il faudrait que je fasse attention. L’ostéopathe que j’ai consulté en amont de ma fuite frénétique m’avait prévenu, vous devez vous aménager des pauses, le corps assimile tous les bienfaits de l’activité dans ses moments de détente. Je conviens qu’il faille parfois s’interrompre, le temps d’une parenthèse, pour être en mesure de mieux continuer. Traînant la patte, je rejoins le chemin et tandis que je rentre chez moi à cloche-pied, au milieu des arbres, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le travail d’écriture. Au fond, c’est à peu près la même chose. Pour l’écrivain, l’abstention est indispensable, c’est quand il n’écrit pas que se joue l’essentiel. Moralité : je songe à lever le pied.