Chaque soir pour réchauffer mon foyer et qu’il soit digne de ce nom, j’allume un feu de cheminée. Je suis devenu expert en la matière, comme d’autres en épidémiologie. Après étude préalable de tous les bois, de leur nature et de leur état de sècheresse, je dispose – par ordre d’affinités – les sarments, les branches et autres bûches. Je relis le journal sacrifié à l’occasion pour m’assurer de la nature hautement inflammable des informations qu’il contient, puis je froisse ses pages (remarque : quand elles sont trop fraîches, les nouvelles ne prennent pas). Je gratte une allumette et, dès lors, suis hypnotisé par les premières flammes : le feu fascine, sa démonstration est à chaque fois identique tout en étant parfaitement unique. Un reflet se fait brillant au fond de mon œil. Dans l’âtre, le démarrage est prometteur et je recharge de combustibles pour assurer la continuité de mon entreprise pyromane. L’envie saugrenue me prend d’écrire et je rejoins la table dans l’idée de scribouiller quelques vers. Devant moi, sous surveillance, le spectacle des mèches bleues, les étincelles crépitantes, des tisons rougeoyants, leurs nervures incandescentes et la combustion comme assurance qu’il n’en restera finalement rien. Plusieurs heures partent en fumée sans que je n’écrive la moindre ligne. À quoi bon ? De toute façon, j’avais en tête un poème à l’image des cendres.