Il est dans sa cave, affairé. Non, il ne chôme pas. Son travail acharné est audible. En sous-sol, devant sa machine à écrire, il est à l’œuvre et frise la possession. Le flot de frappe est ininterrompu, comme on pourrait le dire positivement dans un match de boxe. La ferveur qui l’anime est belle à voir. Sans retenue, les bâtons métalliques impriment leur marque d’encre ; il y a aussi le chariot qui retentit à chaque retour ; les pages expulsées qui régulièrement descendent en feuille morte jusqu’au sol ; bref, une symphonie complète témoigne de son activité débordante. Un total épanchement. On s’approche pour en savoir plus, satisfaire une légitime curiosité de lecteur avide, un peu plus près, on le fait discrètement pour ne rien perturber de la scène. Il ne faudrait pas qu’on le dérange dans son entreprise en pleine crise créatrice. Alors on glisse un œil furtif derrière son épaule pour le lire. Sa prose est cryptique. Pour tout dire – avec une once de déception – il n’y a qu’un mot tapé à répétition, un seul enchaînement de lettres qui recouvre l’intégralité de sa production. Compulsivement sur ses pages, il écrit sans répit, en capitales d’imprimerie, le mot LEUCOSELOPHOBIA (étymologiquement, leuco-, blanc, -selo-, papier, -phobia, peur). C’est l’angoisse de la feuille blanche qui s’exprime.