Un soleil de plomb zénithal lézarde la terre. Sous son canotier et le figuier, il bouquine, installé jambes croisées sur une chaise dépliée. Pas le moindre vent ne souffle. Même à l’ombre des larges feuilles, la chaleur est accablante tout comme l’est la lecture de cette nouveauté littéraire qui lui tombe des mains. Sous ces poids divers, sa posture change, il soupire et s’écrase finalement au fond de son siège. Il ne lit plus et s’évente du livre d’un geste las. C’est alors que, par la voie des airs, lui parvient tranquillement un duvet de chardon. Cette aigrette de plumes soyeuses est ondoyante, jusqu’à ce qu’elle attarde son vol stationnaire juste au-dessus de lui, à portée de main s’il avait eu le bras long. Durant un bon moment suspendu, il fixe attentivement cette structure parfaite de la nature venue lui apprendre la légèreté. Puis, toujours avec délicatesse, le parachute qui sème à tout vent reprend son voyage par ascension graduelle. Depuis sa chaise, il continue de scruter cette forme discrète jusqu’à sa disparition absolue dans l’éclatant bleu du ciel. Et, à la voir voler ainsi, avec tant de grâce, il en arrive même à oublier le piquant des feuilles du chardon des champs. Il médite sur les métamorphoses. Dans le jardin silencieux, il murmure pour lui-même (et pour le primo-romancier pesant qui repose désormais sur la pelouse): Prends-en de la graine mon garçon.
