Avant le grand confinement, mes prétendus semblables – de leur bon gré – pratiquaient déjà une certaine forme de distanciation sociale dans le métro : les yeux rivés sur l’écran de leur jeux flash ou perdus à la contemplation des abréviations de leurs conversations instantanées, mes contemporains avaient leurs oreilles bouchées par des écouteurs, sourds à l’autre. Crise sanitaire oblige, le port du masque est devenu de rigueur pour tous dans les rames. Ce sont désormais la bouche et le nez que chacun garde pour soi, ne respirant plus d’autre air que sa propre haleine. Les usagers des souterrains évoluent de plus en plus en circuit fermé, c’est indéniable. Considérant le processus d’isolement sensoriel à l’œuvre, je me demande si l’on peut encore dignement parler de transport en commun.
