Depuis toujours, je ne peux m’empêcher de marcher lorsque je téléphone. C’est plus fort que moi. Les trajectoires que je décris alors n’obéissent à aucune loi, elles sont à proprement parler anarchiques et je suis susceptible de bifurquer à tous moments. Si d’aventure je marchais déjà quand je reçois un appel, sitôt que je décroche, j’en oublie mon itinéraire initial, quitte à m’éloigner de ma destination. Et pour peu que je sois accompagné à ce moment fatidique, je fausse systématiquement compagnie pour satisfaire mon obsession piétonnière. En communication téléphonique, c’est irrésistible : je vadrouille. Je suis tout sauf un défenseur de notre époque, mais sur ce sujet, je dois admettre ma reconnaissance à la modernité de nous avoir débarrassé des fils de ces appareils qui me tenaient en laisse. Désormais, je peux être suspendu au téléphone sans craindre de finir ligoté ou pendu.