Par ce bel après-midi, je faisais la sieste dans un recoin mi-ombragé de mon jardin. Mais à mon réveil, j’étais en plein soleil et c’est le front perlant de sueur – abruti par la chaleur – que je m’extirpais d’un rêve délicieux. J’étais confiné à Grenade dans le quartier arabe de l’Albaicín, perché sur une colline. Au mépris des règles sanitaires en vigueur, je me promenais dans les petites ruelles qui serpentent entre les maisons blanches. La ville était déserte. À revers, depuis Sacromonte, j’atteignais l’Alhambra par les jardins de l’Architecte à la splendeur incomparable en cette saison. Débarrassés des hordes de touristes et des vigiles liberticides, les palais m’étaient tous offerts. Je me prenais pour Washington Irving, qui – de passage au XIXe siècle – avait encore le luxe de choisir quelle pièce de ces palaces serait sa chambre. Le soleil éblouissait. J’allais me rafraîchir à la fontaine de la Cour des Lions. À l’ombre de la somptueuse dentelle des stucs, j’écrivais et compilais des contes et légendes mauresques, espagnoles ou gitanes. Le réveil fut rude mais je ne regrette pas le voyage. Au même titre que le souvenir ou l’écriture, le rêve est évasion.
