Empêché de courir le monde, il me reste bien heureusement le perpétuel voyage immobile de mes souvenirs. Ils me reviennent par bouffées. Aujourd’hui, je revis une belle journée d’hiver à Bagnères-de-Luchon. Au milieu du cirque de ces montagnes, nous nous promenions en famille. Au petit bonheur, je cherchais le balcon qui aurait inspiré à Edmond Rostand la célèbre scène de Cyrano. Je ne le trouverai pas. Tandis que nous flânions dans la vieille ville – les petites jouant quelques mètres devant nous – ma femme me fit remarquer la vitrine en déshérence d’un fleuriste. Elle commenta : « Regarde cette exposition de beautés fanées, ça devrait te plaire. Derrière cette vitre sale même la misère meurt. C’est pourtant réputé increvable cette saloperie ». La poésie se niche souvent où on ne la cherche pas.
