Dans son lit, il est allongé sur son flanc droit. Mais de ce côté-là, c’est systématique, il bave. Une malformation congénitale peut-être, ou, plus sûrement, une séquelle traumatique des coups reçus à répétition sur ce profil de son visage. Par la commissure droite de ses lèvres s’échappe lentement un mince filet de bave qui, du fait que sa tête soit légèrement inclinée, vient se recueillir dans sa moustache et l’imbiber. Cela n’arrive pour ainsi dire jamais quand il dort du côté gauche autrement plus hermétique, mais comme sa femme a l’habitude de dormir du côté droit, et qu’elle n’entend pas transiger avec cette préférence, il est bien obligé de se mettre en cuillère de ce côté d’où il fuit, tout contre elle, pour qu’elle s’endorme enlacée entre ses bras, pour ne pas passer la nuit derrière contre derrière. Ainsi, dit-elle, les corps s’épousent d’une façon confortable et favorable à l’endormissement. S’abandonnant au sommeil, il en est arraché par le bruit d’aspiration de sa propre bouche qui, par réflexe musculaire, tente de retenir l’écoulement de sa salive. Le bruit produit est tout à fait comparable à celui qu’il pourrait faire en mangeant goulument une soupe trop chaude. C’est en tout cas ce en quoi s’est transformé son rêve au moment précis où il se réveille. Il secoue la tête, sa moustache frotte l’oreiller et répand la bave sur la taie comme on étale la peinture avec un pinceau, lui livrant la matière de son rêve suivant. Dans celui-ci, tandis qu’il se rendort la joue tout contre l’oreiller humide, il devient peintre en bâtiment dans un curieux univers sous-marin.